Le 4 août 2026, dans une chambre d’hôpital à Roubaix, mon père nous quittait pour la Patrie Céleste.
Sur sa table de chevet, j’ai trouvé trois choses qui représentent si bien ce qui comptait vraiment dans sa vie :
Sa bible.
Depuis sa conversion, mon papa n’a cessé de lire chaque jour l’Écriture Sainte. Dans sa biographie ‘En France comme au Ciel’ il raconte comment, jeune converti, il s’est engagé dans l’armée britannique : « J’étais sans église, sans pasteur. Mais j’avais dans mes bagages la Parole de Dieu. C’est sans aucun doute ce Nouveau Testament – que je lisais tous les jours – qui m’a permis de tenir ferme dans la foi. »
C’est aussi dans les pages de la Bible qu’il a puisé l’inspiration pour des centaines de prédications prêchées à travers l’Auvergne, la Picardie, les Hauts-de-France et ailleurs…
Son histoire biblique préférée est sans doute celle de Joseph (Genèse), qui fut vendu par ses frères en Égypte. Le récit de leurs retrouvailles et du pardon, tant d’années après, faisait souvent pleurer mon papa.
Un vieux recueil ‘Chœurs et Cantiques’.
Durant toutes ses années en France, Papa n’a cessé d’entonner ces chants-là. De sa très belle voix, il a conduit les auditoires des différentes églises où il a servi comme pasteur.
Le jour même de son départ pour le Ciel, j’étais assis au bord de son lit. J’ai ouvert le recueil pour chanter le célèbre refrain : « Je sais qu’un jour mes yeux verront Jésus, si je marche jusqu’au bout par la foi et malgré tout… ». Sans savoir que ce jour-là, il fermerait définitivement les yeux ici-bas pour les ouvrir là-haut.
J’étais assis sur le bord de son lit dans sa chambre d’hôpital. Il y a bientôt 50 ans, c’était lui qui était dans ma chambre, assis au bord de mon lit. Je n’avais que 4 ans et il m’a conduit à donner mon cœur à Jésus.
Et puis, l’autre jour, sur sa table de chevet, j’ai trouvé :
Des tracts d’évangélisation.
Au début des années soixante, alors qu’il étudiait dans une école missionnaire en Écosse, mon papa s’est mis à genoux pour prendre une décision radicale : s’engager devant Dieu à remettre chaque jour de sa vie l’Évangile à quelqu’un. Il a tenu parole.
« Faire son choix » est le titre de ces quelques prospectus sur sa table de chevet. Ces prospectus qu’il n’a pas eu la force de donner. Oui, il faut « faire son choix ». Ces trois mots résument l’invitation à la fin de toute prédication de l’Évangile : « Choisissez ! Choisissez entre le chemin large et le chemin étroit, entre les ténèbres et la lumière. » Parce que nous ne pouvons rester neutres devant la Croix de Jésus.
Il n’y a pas très longtemps, j’accompagnais mes parents pour leur promenade journalière au parc en face de leur résidence.
Je n’oublierai jamais cette scène qui n’a duré que quelques instants : mon papa marchait péniblement. Il aperçoit au loin un joggeur. Aussitôt, il fait ce geste qu’il a fait chaque jour depuis plus de 60 ans : tirer de sa poche un prospectus de l’Évangile. Je me suis dit : « Non, Papa ne va quand même pas le lui donner. !? Ce n’est pas vraiment le moment de donner un tract à un homme qui court. » Mon père se penche en déséquilibre sur ses jambes fragiles et tend le précieux papier. Le joggeur le saisit au passage et lance : « Merci Monsieur ! »
Papa a souvent mis en pratique l’exhortation de l’apôtre Paul à Timothée « Insiste en toute occasion, favorable ou non. »
Quand mon père a été emmené aux soins intensifs, j’avais au bout du fil l’une des infirmières qui me dit : « Ces derniers temps votre papa ne nous parle qu’en anglais »
J’ai répondu : « Ah, ça, ce n’est pas lui. Il a toujours parlé en français aux Français ! »
Puis elle ajoute : « Et il parle de Jésus, de Jésus »
Et là, je me suis dit : « Ah, ça, c’est bien lui ! »
Lors des obsèques au Centre Évangélique de l’Union, se trouvait dans l’auditoire un aide-soignant, d’origine camerounaise. Il s’est occupé de Papa dans ses derniers jours. Il me confiait dans le couloir de l’hôpital : « Les dernières paroles que j’ai entendues de votre père étaient celles-ci : ‘J’ai prié Dieu et l’aide est arrivée.’ Votre papa a insisté : ‘ Il faut que vous m’écoutiez : J’ai prié Dieu et l’aide est arrivée.’ »
Mon papa a été le meilleur père qu’un fils pouvait avoir.
Un homme fidèle à Dieu, saint, droit, humble, exemplaire et rempli d’amour.
Si je devais résumer sa vie en une seule phrase : Il a aimé Dieu ; il a aimé les gens.
L’autre jour je rencontrais Lysiane, une dame à Wattrelos qui me racontait :
« C’était un jour de désespoir, en février de cette année. Je promenais mon chien dans le parc. J’avais tant de problèmes.
J’aperçois, assis sur un banc, un homme et une dame en déambulateur.
Ce monsieur me demande : « Comment ça va ? »
Je lui réponds : « Ça ne va pas. »
Il me parle alors de Jésus, prend ma main et prie avec moi.
Aujourd’hui, je peux dire : « Je reconnais Jésus comme mon Sauveur. Il m’a sauvé à la Croix et Dieu est mon Père. Tous les soirs, je prie Jésus. »
En quittant cette dame, ému, j’ai pensé : « Elle est sûrement l’une des toutes dernières personnes que Papa a conduite à Jésus. »
Bravo Papa !
Timothée